La future flotte britannique de F-35A à capacité nucléaire pourrait-elle dépasser les 12 appareils initialement prévus ?
AeroMorning – John Smith – 15 Juillet 2026
La décision du Royaume-Uni d’acquérir 12 chasseurs Lockheed Martin F-35A Lightning II et de rejoindre la mission de l’OTAN des avions à double capacité (Dual-Capable Aircraft – DCA) constitue l’une des évolutions les plus importantes de la politique britannique de défense et de dissuasion nucléaire depuis plusieurs décennies.
Un avion à double capacité (Dual-Capable Aircraft – DCA) est un avion de combat certifié pour emporter à la fois des armements conventionnels et des bombes nucléaires américaines B61-12, dans le cadre des accords de partage nucléaire de l’OTAN (NATO Nuclear Sharing). L’acquisition du F-35A par le Royaume-Uni permettra à la Royal Air Force (RAF) de retrouver une capacité nucléaire aéroportée pour la première fois depuis près de trente ans.
Si le gouvernement britannique a officiellement confirmé l’achat d’un premier lot de 12 appareils, la taille définitive de la flotte n’a pas encore été annoncée. La question que se posent désormais les analystes de défense est de savoir si ces 12 avions ne constituent que la première étape vers une flotte plus importante, nécessaire pour assurer une contribution crédible et durable à la mission de dissuasion nucléaire de l’OTAN.
Le retour du Royaume-Uni à une capacité nucléaire aéroportée
Cette annonce marque le retour d’une capacité nucléaire aéroportée au sein de la Royal Air Force (RAF), une première depuis le retrait de la bombe nucléaire à chute libre WE.177 en 1998.
À la suite du retrait de la WE.177, le Royaume-Uni est devenu le seul État doté de l’arme nucléaire reconnu dont la dissuasion reposait exclusivement sur un unique système de mise en œuvre : les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins équipés des missiles Trident de la Royal Navy.
L’introduction du F-35A ne crée pas une seconde force nucléaire britannique indépendante. Elle rétablit en revanche une capacité nucléaire aéroportée dans le cadre des accords de partage nucléaire de l’OTAN, en utilisant des armes nucléaires appartenant aux États-Unis.
F-35A et F-35B : deux rôles distincts
Bien qu’ils soient extérieurement très similaires, les F-35A et F-35B sont conçus pour remplir des missions différentes.
| F-35A | F-35B |
|---|---|
| Décollage et atterrissage conventionnels (CTOL) | Décollage court et atterrissage vertical (STOVL) |
| Opère depuis des bases aériennes conventionnelles | Opère depuis des porte-avions et des sites austères |
| Portée supérieure et charge utile plus importante | Conçu pour les opérations expéditionnaires et embarquées |
| Certifié (ou destiné à être certifié) pour emporter la bombe nucléaire B61-12 | Non prévu pour la mission de partage nucléaire de l’OTAN |
| Exploité par la RAF depuis des bases terrestres | Exploité conjointement par la RAF et la Royal Navy à bord des porte-avions de la classe Queen Elizabeth |
Le F-35A apporte ainsi des capacités complémentaires, et non un remplacement, de la flotte actuelle de F-35B du Royaume-Uni.
L’appareil deviendra un avion à double capacité (Dual-Capable Aircraft – DCA).
Une posture nucléaire complémentaire
La future posture nucléaire britannique combinerait deux systèmes fondamentalement différents.
| F-35A + B61-12 (OTAN DCA) | Trident D5 | |
|---|---|---|
| Mission | Dissuasion nucléaire tactique / de théâtre | Dissuasion nucléaire stratégique |
| Plateforme | Chasseur F-35A | Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins classe Vanguard (puis Dreadnought) |
| Arme nucléaire | Bombe nucléaire américaine B61-12 | Têtes nucléaires britanniques sur missiles Trident II D5 |
| Propriété de l’arme | États-Unis | Royaume-Uni |
| Contrôle politique | Décision OTAN et autorisation présidentielle américaine | Gouvernement britannique uniquement |
| Rôle principal | Réponse flexible lors de crises régionales | Dissuasion stratégique ultime de la nation |
Cette distinction est fondamentale.
La mission du F-35A reposerait sur des armes nucléaires appartenant aux États-Unis, conservées sous leur garde et dont l’emploi resterait soumis à une autorisation américaine, tandis que la dissuasion nucléaire souveraine du Royaume-Uni demeurerait exclusivement sous-marine et placée sous le contrôle politique exclusif du gouvernement britannique.
Pourquoi rejoindre la mission de partage nucléaire de l’OTAN alors que le Royaume-Uni possède déjà Trident ?
Bien que le Royaume-Uni dispose déjà d’une dissuasion nucléaire stratégique indépendante, ces deux capacités remplissent des fonctions militaires et politiques fondamentalement différentes.
La force Trident assure la dissuasion stratégique ultime du Royaume-Uni, destinée à répondre aux menaces existentielles pesant sur la nation.
Une capacité nucléaire aéroportée présente d’autres avantages :
- une capacité de dissuasion visible et déployable en période de tension ;
- une option de réponse nucléaire tactique au niveau d’un théâtre d’opérations ;
- une meilleure intégration au sein de la posture de dissuasion collective de l’OTAN ;
- des options supplémentaires entre les opérations militaires conventionnelles et une riposte nucléaire stratégique.
Plutôt que de remplacer Trident, le F-35A le complète en apportant un niveau supplémentaire dans l’éventail des options de dissuasion de l’Alliance.
Fonctionnement du partage nucléaire de l’OTAN
Dans le cadre des accords de partage nucléaire de l’OTAN :
- les États-Unis conservent la propriété des armes nucléaires ;
- les États-Unis assurent également leur garde en temps de paix ;
- les pays participants fournissent des avions certifiés, des équipages qualifiés et les infrastructures nécessaires ;
- les équipages alliés s’entraînent régulièrement à cette mission selon les procédures de l’OTAN ;
- en cas de crise majeure ou de conflit, tout emploi d’une arme nucléaire nécessiterait une décision politique au sein de l’OTAN ainsi qu’une autorisation du président des États-Unis.
Les F-35A seraient donc capables d’emporter des bombes nucléaires américaines B61-12, et non des armes nucléaires britanniques.
Les pays de l’OTAN participant à la mission des avions à double capacité
Les pays européens de l’OTAN participant actuellement, ou s’étant engagés à participer, à la mission de partage nucléaire de l’Alliance sont :
- la Belgique ;
- l’Allemagne ;
- l’Italie ;
- les Pays-Bas ;
- la Turquie ;
- le Royaume-Uni (après l’entrée en service de ses F-35A).
Ces pays mettent à disposition des avions certifiés, des équipages qualifiés et les infrastructures nécessaires dans le cadre de la posture de dissuasion nucléaire collective de l’OTAN.
Pourquoi les 12 appareils pourraient ne constituer qu’un début
Bien que le gouvernement ait annoncé l’acquisition de 12 F-35A, assurer une contribution crédible et durable à la mission de dissuasion nucléaire de l’OTAN exige bien davantage que l’achat de 12 avions.
Toute flotte moderne d’avions de combat doit prendre en compte :
- les opérations de maintenance programmée ;
- les inspections industrielles de niveau dépôt ;
- la formation initiale et continue des pilotes ;
- la préparation opérationnelle ;
- les mises à niveau des appareils ;
- une capacité de réserve ;
- les besoins liés aux déploiements.
Par conséquent, seule une partie de la flotte est disponible à tout moment pour des missions opérationnelles.
C’est pourquoi les planificateurs militaires évaluent généralement la taille d’une flotte non seulement en fonction du nombre d’appareils nécessaires aux opérations, mais également en fonction des moyens indispensables pour maintenir un niveau élevé de disponibilité pendant de nombreuses années.
Construire une capacité, et pas seulement acquérir des avions
La mise en place d’une capacité OTAN d’avions à double capacité ne se limite pas à l’acquisition d’avions de combat.
Elle nécessite également :
- une formation spécialisée des pilotes et du personnel au sol ;
- la certification pour les missions nucléaires ;
- des infrastructures sécurisées de stockage et de manutention ;
- l’intégration dans la planification nucléaire de l’OTAN ;
- des exercices multinationaux réguliers ;
- des procédures spécifiques de maintenance, de logistique et de sécurité.
Les avions eux-mêmes ne constituent qu’un élément d’une capacité opérationnelle beaucoup plus vaste.
La RAF pourrait-elle finalement avoir besoin d’un plus grand nombre de F-35A ?
Le Royaume-Uni a déjà exprimé son ambition à long terme d’acquérir jusqu’à 138 F-35 sur l’ensemble de la durée du programme.
Les futures décisions d’acquisition devraient rechercher un équilibre entre :
- les F-35B destinés aux opérations embarquées ;
- les F-35A destinés aux missions conventionnelles depuis des bases terrestres ainsi qu’à la mission de partage nucléaire de l’OTAN.
Aucune décision officielle n’a encore été annoncée concernant le nombre définitif de F-35A que la RAF pourrait finalement exploiter.
Toutefois, le maintien d’une capacité nucléaire durable suppose de trouver un équilibre entre disponibilité opérationnelle, entraînement, maintenance, infrastructures et engagements envers l’OTAN. Ces considérations joueront probablement un rôle important dans les futures décisions d’acquisition au-delà du premier lot de 12 appareils.
Conclusion
L’acquisition du F-35A marque le retour du Royaume-Uni à une capacité nucléaire aéroportée après près de trente ans, mais pas le retour d’une force nucléaire aéroportée britannique indépendante.
La RAF contribuera à la mission OTAN des avions à double capacité en mettant en œuvre des bombes nucléaires américaines B61-12, tandis que la dissuasion nucléaire souveraine du Royaume-Uni continuera de reposer exclusivement sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la Royal Navy équipés de missiles Trident.
La décision de faire évoluer, ou non, la commande initiale de 12 appareils vers une flotte plus importante dépendra de la planification future de la défense britannique, des besoins de l’OTAN, des financements disponibles, des considérations industrielles ainsi que du retour d’expérience opérationnel une fois les appareils entrés en service.
Une chose est toutefois déjà certaine : l’introduction du F-35A constitue une évolution majeure de la contribution du Royaume-Uni à la posture de dissuasion nucléaire de l’OTAN, en rétablissant une capacité nucléaire aéroportée absente de la Royal Air Force depuis 1998, tout en préservant la dissuasion stratégique indépendante du Royaume-Uni en mer.



