Astrolight, acteur lituanien des communications optiques

FacebookTwitterLinkedInPinterest

Astrolight : un acteur lituanien émergent dans les communications optiques spatiales et de défense

Entretien d’AeroMorning avec Laurynas Mačiulis, PDG
d’Astrolight, le 16 octobre 2026

Fondée à Vilnius en 2019 par des chercheurs du Centre des
sciences physiques et de la technologie (FTMC) et de Vilnius Tech, Astrolight
est une entreprise lituanienne spécialisée dans les secteurs spatial et de la
défense. Elle développe des systèmes de communications optiques fondés sur la
technologie laser pour des applications spatiales, militaires, maritimes et
terrestres. Ses fondateurs comprennent le PDG Laurynas Mačiulis, le directeur
technique (CTO) Dalius Petrulionis, l’ingénieur principal Julijanas
Želudevičius et le responsable de la production Martynas Milaševičius.

Plutôt que de se positionner uniquement comme un fabricant
de composants, Astrolight ambitionne de construire une infrastructure de
connectivité optique de bout en bout — un « réseau de collecte optique pour
l’espace » (optical backhaul for space) — reliant les satellites, les
stations au sol et les navires.

Écosystème stratégique et implantation géographique

Astrolight bénéficie de l’expertise bien établie de la
Lituanie dans les domaines des lasers et de la photonique, conjuguée au
développement des écosystèmes spatial et de défense du pays. Sa technologie a
également attiré l’attention du programme DIANA (Defense Innovation
Accelerator for the North Atlantic
), l’accélérateur d’innovation de défense
pour l’Atlantique Nord de l’OTAN.

L’entreprise a créé une filiale au Danemark afin de
renforcer sa position sur les marchés nordiques et arctiques, notamment dans le
cadre de son projet de station optique au sol au Groenland.

Profil financier et effectifs

Astrolight demeure une entreprise de petite taille en phase
de croissance, comptant 40 employés en octobre 2026.

Son chiffre d’affaires déclaré est passé de 584 000 € en
2024 à 866 817 € en 2025, soit environ 1 million de dollars américains. En
2025, l’entreprise a enregistré une perte nette de 339 000 €, tandis que ses
capitaux propres ont atteint 1,99 million d’euros et son actif total, 3,35
millions d’euros. Le chiffre d’affaires de 2026 n’a pas été rendu public.

En mai 2025, Astrolight a levé 2,8 millions d’euros lors
d’un tour de financement d’amorçage (seed), mené par Balnord, avec la
participation d’EIFO, de Coinvest Capital, de 3NGLS et de Rita Sakus.
L’entreprise a également bénéficié de programmes de l’Union européenne, tels
que CASSINI, ainsi que du soutien de l’OTAN.

Technologies et produits

Communications optiques

Astrolight remplace les communications conventionnelles par
radiofréquences (RF) par des faisceaux laser hautement directionnels. Les
liaisons optiques peuvent offrir une très large bande passante, des faisceaux
étroits, une faible probabilité d’interception, une meilleure résistance au
brouillage conventionnel par radiofréquences, une faible signature
électromagnétique et une absence de dépendance à l’égard du spectre RF, une
ressource limitée.

L’une des principales limites des systèmes de communication
laser réside dans les conditions atmosphériques : les nuages, le brouillard et
d’autres phénomènes météorologiques peuvent perturber les liaisons optiques
entre l’espace et le sol. Astrolight associe donc sa technologie de terminaux à
une stratégie d’infrastructure terrestre distribuée : si une station optique au
sol devient indisponible en raison des conditions météorologiques, les données
pourraient potentiellement être acheminées par l’intermédiaire d’une autre
station située dans une zone géographique différente.

ATLAS : communications spatiales

La famille ATLAS constitue le cœur de la technologie
spatiale de l’entreprise.

ATLAS-1 est devenu le premier système lituanien de
communications laser à atteindre l’orbite. Il a été lancé en mars 2026 à bord
de la mission Transporter-16 de SpaceX. L’entreprise participe également à des
démonstrations en orbite soutenues par la Commission européenne et le programme
CASSINI.

ATLAS-2 est un terminal conçu selon une approche à faibles dimensions,
masse et consommation énergétique (Low Size, Weight and Power, ou
Low-SWaP), destiné aux communications entre l’espace et le sol ainsi qu’entre
satellites. Il pèse 2,3 kg et offre un débit pouvant atteindre 2,5 Gbit/s pour
les liaisons espace-sol et intersatellites, avec pointage par orientation du
corps du satellite ou par cardan. Certaines configurations peuvent atteindre
jusqu’à 100 Gbit/s. Sa consommation est d’environ 1 W en mode veille et de 30 W
en émission. Sa précision de pointage fin est inférieure à 15 microradians. Le
système intègre également une fonction d’autocalibration en orbite. Il est
compatible avec les exigences de la Space Development Agency (SDA).

ATLAS-X-MINI ajoute un système de pointage orientable
permettant une couverture de pointage hémisphérique. Il est doté d’une
ouverture optique de 40 mm et offre un débit descendant pouvant atteindre 2,5
Gbit/s pour les liaisons optiques entre l’espace et le sol et entre satellites,
avec pointage par orientation du satellite ou par système de pointage
orientable. Certaines configurations peuvent atteindre jusqu’à 100 Gbit/s. Le
débit montant atteint 156 Mbit/s. Le système est compatible avec les exigences
OCT 3.1 (Optical Communications Terminal) de la Space Development
Agency
(SDA).

Segment terrestre

La station optique au sol OGS-2.5 d’Astrolight prend en
charge les normes de la SDA et du Comité consultatif pour les systèmes de
données spatiales (Consultative Committee for Space Data Systems,
CCSDS). Elle est disponible avec des ouvertures optiques de 14 ou 20 pouces.
Les performances publiées indiquent des débits descendants pouvant atteindre
12,5 Gbit/s et des débits montants pouvant atteindre 2,5 Gbit/s.

L’entreprise développe également une station optique au sol
à Kangerlussuaq, au Groenland, dans le cadre du programme ScyLight de l’Agence
spatiale européenne (ESA). Cette station est destinée à tirer parti de la
visibilité des satellites en orbite polaire et des conditions arctiques
favorables aux communications optiques.

POLARIS : communications de défense et maritimes

POLARIS est un terminal de communications optiques en espace
libre conçu pour les plateformes navales et les véhicules de surface sans
équipage. Il offre un débit pouvant atteindre 1 Gbit/s, une puissance optique
de 4 W et une consommation électrique d’environ 200 W, pour une masse d’environ
16 kg.

Le système a été testé par la marine lituanienne en mer
Baltique ainsi que lors de l’exercice REPMUS/Dynamic Messenger de l’OTAN, au
Portugal. À cette occasion, Astrolight a démontré une liaison silencieuse sur
le plan radioélectrique dépassant 15 km. POLARIS a également été testé lors de
l’exercice DiBaX de l’OTAN, en Lettonie. Astrolight a signé un protocole
d’accord (Memorandum of Understanding, MoU) avec Naval Group concernant
de potentielles applications navales.

Modèle économique et stratégie

La stratégie d’Astrolight repose sur deux volets : d’une
part, la vente de matériel, notamment les systèmes ATLAS, ATLAS-X, les stations
optiques au sol et POLARIS ; d’autre part, à terme, la fourniture de services
de connectivité reposant sur des liaisons optiques entre l’espace et le sol,
entre l’espace et les navires, entre navires, entre stations terrestres et
entre satellites.

Concurrence et positionnement européen

Astrolight évolue sur un marché de plus en plus
concurrentiel, qui comprend notamment TESAT, Rocket Lab/Mynaric, CACI, Skyloom,
Kepler Communications, Thales Alenia Space, SpaceX, Cailabs et Archangel
Lightworks.

Sa différenciation repose sur la combinaison de plusieurs
atouts : une technologie à faibles dimensions, masse et consommation
énergétique (Low-SWaP), des produits conçus pour une fabrication à grande
échelle, une intégration verticale, un positionnement industriel européen,
l’interopérabilité et des applications à double usage dans les secteurs spatial
et de la défense. Ses relations avec l’ESA, la Commission européenne, le
programme DIANA de l’OTAN et d’autres organisations européennes renforcent par
ailleurs sa crédibilité institutionnelle.

Ses principaux défis sont tout aussi évidents : les
limitations liées aux conditions atmosphériques et la capacité à augmenter la
production pour atteindre potentiellement des milliers de terminaux.

Les systèmes de l’entreprise sont construits à partir de
composants disponibles dans le commerce (off-the-shelf) et conçus pour
une fabrication en grande série. Cette approche contribue à réduire les coûts
et permet à Astrolight de rivaliser sur le marché des petits satellites, où les
solutions proposées par les acteurs de plus grande taille ne sont souvent pas viables.

Astrolight en bref — octobre 2026

    • Origine
      / siège social :
      Lituanie / Vilnius
    • Année
      de création :
      2019
    • Direction
      :
      Laurynas Mačiulis (PDG), Dalius Petrulionis (directeur technique)
    • Effectifs
      :
      40 employés
    • Chiffre
      d’affaires 2025 :
      866 817 € (environ 1 million de dollars
      américains), hors financements sous forme de subventions
    • Chiffre
      d’affaires 2026 :
      non communiqué publiquement
    • Financement
      :
      tour d’amorçage de 2,8 millions d’euros en mai 2025
    • Technologie
      fondamentale :
      communications optiques en espace libre et communications
      laser
    • Segment
      spatial :
      ATLAS-2 / ATLAS-X / ATLAS-X MINI
    • Segment
      terrestre :
      OGS-2.5
    • Défense
      / secteur maritime :
      POLARIS
    • Relations
      clés :
      clients et partenaires dans les secteurs commercial et de la
      défense
    • Ambition
      stratégique :
      développer des systèmes de connectivité optique de bout
      en bout constituant un « réseau de collecte optique pour l’espace ».

Abonnez-vous à notre newsletter

Nous ne vous enverrons jamais de spam ni ne partagerons votre adresse électronique.