En septembre 2026, à Konya (Turquie), ASELSAN a démontré une chaîne EW/ISR distribuée reposant sur deux drones Baykar Bayraktar TB2. En reliant des charges utiles complémentaires via un échange de données sécurisé, l’un des TB2 a assuré la détection, la géolocalisation et l’attaque électronique tandis que l’autre réalisait l’imagerie radar à synthèse d’ouverture.
Charges utiles présentées:
– ANTIDOT 2ES 100: charge utile ESM pour la détection et la géolocalisation d’émetteurs.
– ANTIDOT 2EA 200: système d’attaque électronique (brouillage, déception) et autoprotection de la plateforme.
– FULMAR 200: radar SAR AESA pour l’imagerie en modes Spotlight et Stripmap, de jour comme de nuit et par mauvais temps.
Scénarios d’essai:
– Test 1 (EW): l’ANTIDOT 2ES 100 a détecté et géolocalisé un radar réel en vol; l’ANTIDOT 2EA 200 a exécuté une attaque électronique autonome contre l’émetteur, tout en protégeant le TB2.
– Test 2 (interopérabilité EW/ISR): l’ANTIDOT a transmis les coordonnées d’une autre cible au FULMAR 200 embarqué sur un second TB2, qui a produit une image SAR haute résolution de la zone visée.
Clarification EW: l’attaque électronique agit dans le spectre électromagnétique (brouillage, déception DRFM). Il ne s’agit pas d’une cyberattaque.
Pourquoi deux drones: l’architecture distribuée évite de concentrer tous les capteurs sur une seule plateforme coûteuse. Avantages:
– Résilience: la perte d’un vecteur n’entraîne pas la perte de toute la chaîne capteurs-effets.
– Flexibilité: ajout possible de relais de communications, capteurs EO/IR, effecteurs cinétiques, charges EW supplémentaires.
– Optimisation: chaque plateforme emporte des charges utiles spécialisées.
Approches internationales (comparatif succinct):
– Saab Arexis (Suède/Allemagne): suite EW intégrée avancée (récepteurs large bande, AESA GaN, DRFM) orientée aviation de combat; fonctions comparables aux ANTIDOT mais à une échelle plus vaste.
– Leonardo BriteStorm (Royaume-Uni/Italie): charge utile compacte de brouillage stand-in lancée par UAV (DRFM); proche de la brique d’attaque électronique, sans la chaîne ESM + EA + SAR distribuée.
– États-Unis (EA-18G, NGJ): capacités EW aéroportées très matures et puissantes intégrées à un vaste écosystème; tendance parallèle vers le distribué, mais à une échelle supérieure.
– France (Rafale F5, Thales, Dassault): combat collaboratif en réseau (radar RB-XG AESA, SPECTRA F5, IVDL résiliente, futur UAV de combat) visant une architecture large et modulaire.
Portée stratégique: les briques technologiques (ESM, EA, DRFM, SAR, UAV) sont connues; la nouveauté réside dans leur intégration distribuée et interplateformes. En passant d’un modèle centré plateforme à un modèle centré charges utiles et réseau, des UAV abordables deviennent des nœuds EW/ISR efficaces. La clé devient la connectivité robuste et la coordination logicielle pour maintenir la mission malgré le brouillage et les pertes potentielles de nœuds.



