ALATYR: des data centers orbitaux pour l’IA en Europe

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ALATYR’s orbital data centers: Europe’s answer to the coming AI compute crunch ?

AeroMorning – 9 Juillet 2026

Contexte et naissance du projet ALATYR

Face à l’explosion de la demande en puissance de calcul liée à l’intelligence artificielle, les gouvernements et entreprises technologiques cherchent à développer des infrastructures capables de soutenir la prochaine génération de modèles. Cette croissance rapide des data centers hyperscale entre toutefois en collision avec des contraintes de plus en plus fortes sur Terre : accès à l’électricité, consommation d’eau pour le refroidissement, disponibilité du foncier et saturation des réseaux électriques.

Dans ce contexte, une jeune entreprise française basée à Paris propose une approche radicalement différente : déplacer une partie de cette infrastructure au-delà de l’atmosphère terrestre. La société ALATYR développe des Orbital Data Centers (ODC), des infrastructures de calcul de nouvelle génération destinées à être assemblées et exploitées en orbite basse terrestre à l’aide de systèmes robotiques.

« Nous ne construisons pas des satellites, nous construisons une infrastructure numérique dans l’espace. » — Emeric Lhomme, PDG d’ALATYR, lors d’un entretien avec AeroMorning.

Cette distinction est fondamentale : contrairement aux satellites traditionnels déployés en constellations et généralement inaccessibles une fois en orbite, les plateformes d’ALATYR sont de véritables infrastructures de données conçues pour être évolutives, maintenables, mises à niveau et recyclées, à l’image des data centers terrestres.

Pressions énergétiques de l’IA et opportunités spatiales

L’intelligence artificielle devient l’un des principaux moteurs de la consommation électrique mondiale. Les analystes estiment que les data centers liés à l’IA pourraient nécessiter plusieurs centaines de térawattheures supplémentaires chaque année d’ici la fin de la décennie, obligeant les opérateurs à rechercher de nouvelles sources d’énergie tout en réduisant leur empreinte environnementale.

Sur Terre, les installations hyperscale dédiées à l’IA requièrent des puissances électriques massives et un refroidissement intensif consommant d’importantes quantités d’eau, alors que l’accès à des sites adaptés se raréfie et que les réseaux électriques approchent de leurs limites.

  • Énergie solaire abondante : énergie disponible quasi en continu pour des systèmes exposés, permettant une production électrique indépendante des réseaux nationaux.
  • Refroidissement radiatif passif : l’absence d’atmosphère empêche la convection mais permet une évacuation de chaleur par rayonnement infrarouge via des panneaux radiatifs, supprimant totalement l’usage d’eau.

Architecture, dimensions et puissance électrique

Chaque ODC développé par ALATYR présente des caractéristiques hors normes pour un système spatial commercial :

  • Dimensions : une fois assemblée, l’infrastructure pourra mesurer jusqu’à 200 m de long pour 50 m de large, sous la forme d’un assemblage de modules hexagonaux de 5 à 7 m de diamètre.
  • Puissance électrique : de 1 à 5 MW dès la mise en service, fournis par de grands panneaux solaires déployables.
  • Capacités de calcul : intégration de processeurs de dernière génération dédiés à l’IA, visant des performances de l’ordre du térabit par seconde à l’horizon 2030.

Robotique et principe d’assemblage orbital

Le différenciateur technologique central d’ALATYR repose sur l’assemblage robotisé en orbite. Pour dépasser la limite physique imposée par la taille des coiffes des lanceurs, l’entreprise transfère la construction dans l’espace.

Les ODC seront composés de modules standardisés lancés séparément. Une fois en orbite basse, des systèmes robotiques assembleront de manière autonome ces modules pour créer des structures impossibles à lancer d’un seul tenant. Les robots assureront ensuite la maintenance, les inspections et le remplacement des composants, permettant des mises à niveau régulières sans remplacer l’installation entière.

Orbite cible, performances réseau et résilience

Paramètres orbitaux et réseau — Déploiement visé en orbite basse héliosynchrone, vers 800 à 1 000 km d’altitude, garantissant une exposition solaire continue et une couverture mondiale via des constellations de connectivité. La latence estimée se situe entre 50 et 150 ms selon la localisation des utilisateurs, niveau compatible avec le cloud, l’IA et le calcul haute performance.

Durée de vie et gestion des débris — Durée de vie opérationnelle initiale estimée à 15 ans, avec remplacement des modules de calcul tous les trois ou quatre ans.

  1. Manœuvrabilité : manœuvres d’évitement possibles en cas de risque de collision détecté tôt.
  2. Conception modulaire : isolation des éléments affectés et remplacement robotisé sans compromettre l’infrastructure entière.

Vers une infrastructure orbitale distribuée

ALATYR prévoit de déployer rapidement entre huit et dix ODC pour constituer un premier réseau de calcul distribué en orbite basse, reproduisant les logiques des hyperscalers : mutualisation des ressources, répartition dynamique des charges et optimisation globale des capacités selon la demande.

Une dynamique internationale et un enjeu de souveraineté

  • États-Unis : plusieurs entreprises explorent déjà des infrastructures de calcul orbitales pour l’IA.
  • Chine : des programmes étatiques étudient des architectures spatiales pour des services numériques et le traitement de données d’IA.

Pour l’Europe, l’enjeu touche à la souveraineté numérique : réduire la dépendance aux infrastructures de calcul étrangères et renforcer les capacités industrielles (cloud, IA, spatial). ALATYR s’inscrit dans cette trajectoire, avec des échanges exploratoires menés avec des acteurs institutionnels (défense, capacités spatiales stratégiques) et des partenaires privés intéressés par des architectures cloud semi-souveraines.

Feuille de route et industrialisation

  • Septembre 2026 : démonstration au sol des briques technologiques clés (mécanismes et logiciels d’assemblage robotisé).
  • 2027 : test intégré au sol combinant robotique, modules et logiciels.
  • 2028 : première mission de démonstration en orbite.
  • 2030 : objectif d’atteindre un premier niveau de service opérationnel (IOC) pour l’exploitation commerciale.

Stratégie de lancement

Le premier démonstrateur orbital pourrait être lancé par une Falcon 9 de SpaceX, tout en étudiant d’autres options européennes. Les premiers ODC commerciaux sont conçus pour être compatibles avec les lanceurs réutilisables américains de SpaceX et Blue Origin, ainsi qu’avec Ariane 6.

Vision industrielle, équipe et financements

ALATYR a été cofondée et est dirigée par Emeric Lhomme depuis 2023, après une carrière dans l’aérospatial (notamment comme directeur commercial d’ArianeGroup). En 2025, l’entreprise a recentré sa stratégie sur le calcul en orbite et renforcé ses liens avec l’écosystème cloud européen.

L’entreprise compte 13 employés et mène une nouvelle levée de fonds pour accélérer son développement industriel et porter ses effectifs vers 50 personnes, en recrutant des profils spécialisés (systèmes spatiaux, robotique, développement logiciel, architectures systèmes/cloud).

  • Bpifrance
  • Programme France 2030
  • Centre national d’études spatiales (CNES)
  • Agence spatiale européenne (ESA)

Conclusion

L’arrivée potentielle de data centers en orbite marque un changement de paradigme : déplacer l’infrastructure numérique hors de la Terre. Malgré des contraintes encore peu matures (logistique orbitale, gestion du trafic spatial), cette approche ouvre des perspectives inédites pour étendre la puissance de calcul mondiale et l’économie digitale au-delà de la surface terrestre.

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