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Transport aérien, le virus mortel !

La Chronique Aeromorning de Michel PolaccoVirus Covid 19 et secteur aéronautique

Ce 25 avril la direction française de l’aviation civile, la DGAC donnait l’occupation de l’espace aérien national comme quasi nulle ! Et c’est le cas pour la plupart des pays d’Europe. Cela s’inscrit dans une réduction de l’activité de l’ordre de 90%, au global, dans les régions infectées. Le rythme de croissance de l’activité qui était passé, en croisière depuis plusieurs années, à 5 voire 7% n’est donc plus qu’un heureux souvenir. L’objectif de 4,7 milliards de passagers transportés dans le monde en 2020 est maintenant une utopie.

Le passage du coronavirus constitue un cataclysme pour les compagnies aériennes.

L’IATA, l’association qui regroupe 290 compagnies représentant 82% du trafic mondial estime, en cette fin avril, que la perte de chiffre d’affaire sera de l’ordre de 300 milliards de dollars. Ces mêmes transporteurs ont généré 576 milliards de CA en 2019. C’est dont la moitié de l’activité qui, à ce jour, est jugée perdue. Et tout s’enchaîne, en cascade, de manière itérative, depuis le début de l’année. Réduction du trafic en Asie. Puis réduction du trafic avec l’Asie. Enfin effondrement à compter du 15 mars du trafic en Europe puis des liaisons Europe Usa, etc. Puis le Monde. Dans le ciel de France ce matin à 11 heures il y avait … 11 avions ! Plus de liaisons, des personnels priés de se protéger, des passagers interdits de mouvement et confinés. Les compagnies nationales comme Air France, mais aussi les militaires, ont permis de rapatrier de nombreux ressortissants vers leur domicile. Et les moyens des armées ont été fortement mobilisés pour décharger les centres de réanimation en acheminant des patients gravement atteints vers des centres de province ou à l’étranger. Mais ces tâches sont accomplies. Quelques avions volent encore, sur quelques lignes, pour quelques passagers disposant du « droit » de se déplacer…. Bilan : Sur les 26 000 avions de ligne qui constituent la flotte mondiale, 65% sont immobilisés, cloués au sol. « Groundés ». Soit 16.600. Il en est de même de l’aviation d’affaires. Quand à l’aviation « Générale », elle est carrément interdite de pratique à cause du confinement.

Du coup, les opérateurs d’avions sont contraints à les stocker là où ils le peuvent. Et parfois très loin. Les aérodromes sont conçus pour fonctionner alors que quantité d’avions sont en vols. Ils offrent peu de places au sol, sans se paralyser. C’est parfois gratuit, parfois cher. Il faut bien sûr entretenir ces avions pour se garantir qu’ils pourront rapidement reprendre du service. Cela aussi a un coût. En cascade, les compagnies annulent ou retardent les livraisons prévues.

Il en est de même des constructeurs qui ne livrent quasiment plus. Qui ont fermé un temps leurs usines, comme Boeing et Airbus, puis les ont rouvertes, sur des plans de charge réduits.

Divisés par 2, voire moins. 80 avions livré par mois, 1000 par an, on ne le reverra pas avant longtemps ! Mais qu’en sera-t-il des plans de charge mirifiques prévoyant 25.000 avions à livrer d’ici à 2030. Des carnets de commandes bourrés à craquer avec 7500 avions coté Airbus et plus de 5500 côté Boeing. Pour le Géant de Seattle cette catastrophe s’ajoute aux déboires du B737 Max qui représentait, il y a un peu plus d’un an, avant qu’il soit cloué au sol, 85 % de ses livraisons ! Et les industriels sont la partie émergeante de l’iceberg des sous-traitants, dont des milliers de des PME et PMI, qui participent à tous les niveaux à l’aéronautique civile (et militaire) et dont la santé est par nature plus fragile…

Un aspect plus positif : dans les compagnies ce sont les flottes les plus anciennes qui sont supprimées ou amputées. Ainsi les Boeing B747 disparaissent à peu près partout. Après une belle vie qui aura duré 50 ans. L’Airbus A340 prend également sa retraite dans bien des compagnies. Il a 30 ans. Les avions les plus gros comme l’Airbus A380, qui n’a que 15 ans, que l’on ose plus imaginer remplir seront également cloués au sol pour un bon nombre. Et mis en vente. Emirates, le plus gros client des A380 d’Airbus, (ils en ont 140) a décidé d’en arrêter 38. Et en parallèle d’annuler une commande de 150 Boeing B777. Inouï ! D’un coup près de 70 milliards rayés. Et pour Airbus, l’hallali du A380, dont la production cesse dès à présent, au 252ème exemplaire, et pour Boeing, une fracture majeure alors que seule sa production de gros appareils pouvait lui permettre de compenser une partie de ses pertes abyssales dues au B737 Max !

Virgin licencie plus de 3000 personnes dont 600 pilotes. Comme d’autres ! Cela veut donc dire que la crise de l’emploi des personnels navigants, pilotes, hôtesses, stewards va commencer.

Air France en arrêtant ses 9 A380, dont un déjà parti pour Tarbes, sans doute à la casse, va mettre sans emploi 300 pilotes et 3000 navigants commerciaux. La fin de ses A340 immobilise 30 pilotes et 300 PNC. Finnair licencie 1200 personnes et supprime 12 avions. TUI licencie 4100 personnes et rend 12 avions aux loueurs.

On voit que la situation des loueurs va être épouvantable. Plusieurs milliers d’appareils leurs reviennent. Que d’argent immobilisé et d’actifs invendables. Ryanair menace de supprimer 900 pilotes et de supprimer 113 avions de sa flotte. Norvegian stoppe totalement son activité long-courrier (il faut dire que les frontières sont souvent fermées et que les passagers seront longs à revenir !). Ses Boeing B787 sont rendus aux loueurs. SAS supprime 14 avions et licencie 540 pilotes… Donc près de 10 fois plus de PNC, navigants commerciaux. ETIHAD annule la commande de 18 Airbus A350, met en retraite 10 A380 et 10 Boeing B787. Le nombre des licenciements sera en rapport ! Et je m’arrête sur cette litanie sans fin… à la quelle il faut ajouter les rachats en cours et interrompus, et qui sais les prises de contrôle imprévues, rendues possibles par la dévalorisation des compagnies.

Ainsi la Suisse pourrait racheter Swiss (ex Swissair), Austrian pourrait quitter le giron de Lufthansa, qui réduit sa propre flotte de 50% et annonce des cascades de suppressions d’emplois ainsi que la disparition de Germanwings …

Toutes les compagnies ont réduit « la toile » , et espèrent vendre les appareils. Les rendre aux loueurs, annuler leurs commandes dans les moins mauvaises conditions. Les constructeurs et tous leurs sous-traitants ne peuvent espérer livrer les avions commandés. Et de loin.

Alors que va-t-il se passer ? Début 2020 le transport aérien mondial visait les 4,7 milliards de passagers pour l’année. 40 millions de vols. Après plusieurs mois de crise profonde et de vols annulés, puis une reprise estimée lente, car les passagers seront méfiants, la psychose a gagné, le transport aérien va se redimensionner selon le besoin. Y aura-t-il eu in fine 2 milliards de passagers fin 2020, ou 3 milliards ? Combien de temps faudra –t-il pour repartir à l’assaut des sommets. Sûr qu’il y aura croissance. On repart de si bas. Mais à quel rythme ? Mes amis spécialistes disent : remise en route il faut 18 mois à 3 ans. Retour à une situation de croissance comme en janvier 2020 il faut 10 ans… Soit dépasser les 4,7 milliards de passagers et permettre aux industriels de reprendre une production au niveau de ce qu’elle était en janvier !

Personne ne sait. Mais il faut aussi bien se préparer au plus dur qu’aux bonnes nouvelles. Si l’économie repart plus vite, tout ira plus vite… Et cette crise économique artificielle laissera moins de séquelles que l’on craint. L’outil industriel sera-t-il préservé ? La concurrence asiatique y puisera-t-elle un avantage qui lui manque aujourd’hui ?

Pour ma part j’espère que les équipes ne seront pas sacrifiées. Chez les industriels, dans les compagnies. Les garanties d’Etat sur les prêts, les déficits autorisés, les recapitalisations permettront peut-être cela. Et en relançant l’outil, en redonnant ouvrage aux professionnels, en réorientant avec des méthodes et des matériels modernes la production et l’exploitation, on accroitra l’effort en faveur de l’environnement. Bien de vieux appareils seront remplacés plus vite que prévu…. La planète aussi y trouvera son compte ! Michel Polacco pour AeroMorning.

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