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Histoire de Bang

La Chronique Aeromorning de Michel PolaccoVirus Covid 19 et secteur aéronautique

Surprise et inquiétude en région parisienne vers midi le mercredi 30 septembre : un formidable Bang ( !), et même pour certains un double, voir un triple Bang, ont été perçus par nos concitoyens. Inhabituel. Et immédiatement des images d’explosion genre AZF à Toulouse le 21 septembre 2001, ou du 4 août de cette année dans le port de Beyrouth ont envahi les esprits. Je l’ai bien entendu ce Bang, et parmi mes hypothèses il y en avait une autre, qui finalement était la bonne : un avion de la permanence opérationnelle de notre chaîne de défense aérienne avait passé le mur du son. Confirmation peu après par la Préfecture de Police de Paris puis par l’Etat Major de l’Armée de l’Air et de l’Espace, c’était bien un appareil de l’Armée de l’Air qui avait été autorisé à franchir la barrière supersonique, pour aller au devant d’un avion avec lequel le contact radio n’était plus établi. Cause inconnue. Ce pouvait être une panne ou une erreur de liaison, mais aussi un détournement criminel ou terroriste. Depuis le 11 septembre 2001, nos armées veillent plus encore et avec beaucoup de réactivité sur le ciel de France. C’en est l’illustration.

Prenons l’affaire en détail. Ce matin là, un Falcon 50 a été victime d’une panne de radio alors qu’il survolait l’Est de la région de Paris. Faute de rétablir le contact, les contrôleurs de la navigation aérienne ont alerté le CNOA, Centre National des Opérations Aériennes installé à Lyon Mont Verdun et qui (sous l’autorité du CDAOA, Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, l’un des grands commandements de l’Armée de l’Air et de l’Espace) a pour mission d’assurer la posture permanente de sûreté, (PPS), ainsi que la programmation et la conduite d’opérations aériennes, y compris hors de l’hexagone, ainsi que la recherche et le sauvetage des aéronefs en difficulté.

Si la veille de sécurité du ciel français n’est pas une nouveauté, car elle est assurée depuis la genèse de l’Armée de l’Air, elle a été Renforcée depuis le 11 septembre 2001 et les attentats de New-York, et s’appuie sur une chaîne de défense aérienne solide et efficace, qui inclut les avions et hélicoptères de l’Armée de l’Air (et de l’Espace depuis 2020) ainsi que les capacités de la Marine Nationale. A Lyon Mont Verdun arrivent les informations de tous les radars civils et militaires français (plus de 70), via les CDC, les Centres de Détection et de Contrôle militaires (Tours-Saint Mars la Pile, CDC Lyon Mont-Verdun et Mont de Marsan (de jour), ainsi que les informations en possession de nos alliés et voisins, qu’elles relèvent du civil ou du militaire. Ainsi, plus de 12.000 vols qui frôlent ou pénètrent le ciel de France, ou s’y déroulent, sont ils « étiquetés », identifiés, et suivis. Les plans de vols associés qui y sont liés sont également inclus dans la chaîne de défense aérienne française. En cas de déviation notoire, l’alerte est donnée. Autre alerte, si les contrôleurs de la navigation aérienne perdent le contact avec un avion ou perçoivent un écart avec le plan de vol, dès qu’ils sont « inquiets » ils alertent le CNOA. C’est immédiat. Même une prison, comme ce fut le cas en juillet 2018 à Melun peut signaler une évasion par hélicoptère, qui n’a pas de plan de vol, et n’est donc pas surveillé, ce qui déclenche également « l’Alerte.

Lorsque l’Airbus A320 de Germanwings a été précipité contre le relief des Alpes par son pilote suicidaire, dès un délai court et raisonnable, le CNOA a été alerté et un Mirage 2000 C de la PO, Permanence Opérationnelle, a décollé de la base d’Orange. Sans doute n’aurait-il rien pu empêcher, mais, de toute manière il est arrivé alors que l’avion était déjà détruit. Si un avion léger s’égare, un chasseur décolle dès l’alerte donnée, éventuellement par son pilote, ou un hélicoptère, pour lui porter assistance, à moins que ce ne soit possible de l’aider directement par radio et par radar. Chaque année, si l’on se réfère aux chiffres de 2019, 450 alertes sont ainsi transmises. 120 donnent lieu au décollage d’un chasseur, rapide, 90 à celui d’un hélicoptère assurant les Mesures Actives de Sûreté Aérienne (MASA).

Le dispositif français est relativement confidentiel, mais, tout n’est pas secret. Loin de là. En permanence notre chaîne de défense aérienne garantit la sûreté du ciel français, c’est-à-dire qu’elle vise à empêcher la commission d’actes de malveillance. C’est la Posture Permanente de Sûreté (PPS). Elle comporte trois volets : détecter, identifier et intervenir si une situation anormale se présentait dans le ciel national. Le jour du Bang, supersonique, ils étaient 8 avions de chasse et 5 hélicoptères, de la permanence opérationnelle, (PO) prêts à décoller dans les 7 minutes au maximum. Ce sont pour les avions de combat des Rafale, armés, de l’Armée de l’Air et de l’Espace, ou très ponctuellement de la Marine Nationale, ou des Mirage 2000 de l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE). Soit ils sont sur leur base, Saint-Dizier, Luxeuil, Orange, Mont-de Marsan, soit ils sont positionnés sur un autre terrain comme Lorient, Avord, Evreux et encore pour peu de temps Tours. Mais la plate forme aéronautique militaire qui a hébergé la célèbre Ecole de Chasse fermera bientôt ses portes, comme ont fermé auparavant Reims, Cambrai, Creil, Dijon, Toul, Metz, Strasbourg, Colmar, Châteaudun, etc. Pour les hélicoptères Fennec (Ecureuil Biturbine) MASA, ils sont basés à basés à Villacoublay et Orange, mais peuvent également opérer depuis Bordeaux, Saint-Dizier, etc. Leur mission est d’intervenir sur les appareils lents, car leur vitesse ne dépasse pas 220 km/h.

Enfin, en soutien, il y a également en alerte un avion radar B-707 E3F AWACS de l’Armée de l’Air et de l’Espace, le plus souvent depuis la base aérienne d’Avord et un avion ravitailleur en vol à partir de celle d’Istres, jusqu’ici des Boeing C135 FR et depuis peu également des Airbus A330 MRTT. Dès l’alerte de la PO, chasse ou hélicoptère, ces appareils se préparent à un éventuel soutien en décollant dans des délais compatibles avec la mission qu’ils doivent assurer.

Pour ma part, j’ai vu la PO décoller en tout juste 5 minutes sur alerte, donc bien moins que les 7 du « contrat ». Mais en temps d’urgence, l’alerte peut descendre à 2 minutes, voir moins, c’est-à-dire pilote à bord, voire avion en vol. Ce fut parfois le cas pendant la guerre froide. Avec les Mirage IV Stratégiques.

Voici les moyens. Voyons maintenant les ordres. Si un appareil est en difficulté, et s’il a été nécessaire de l’intercepter pour s’en assurer, et pour l’aider, il sera guidé, accompagné, cela en utilisant s’il le faut le langage de signes en usage dans l’aéronautique et que connaissent (ou doivent connaître !) tous les pilotes.

S’il est ouvertement malveillant ou « hostile », pas question de prendre le risque de le laisser s’approcher d’un centre vital ou d’une grande ville, des messages sont transmis, puis des gestes signifiant un ultime avertissement, comme l’usage de leurres qui provoquent des effets lumineux, des tirs de semonce seront possibles, voire plus ou pire, si la Haute Autorité de Défense Aérienne (HADA) l’ordonne, conformément aux décisions du premier Ministre qui est systématiquement impliqué lors du déclenchement de telles opérations. On imagine la terrible responsabilité ! Et le faible délai pour décider. Voilà pourquoi le chasseur doit arriver « très vite ». Voilà pourquoi dans certains cas, le passage à vitesse supersonique est ordonné au pilote ! Chaque seconde gagnée donne du temps à l’autorité politique pour peser les décisions, s’il y a lieu.

Bien sûr, depuis que la plupart des plateformes aéronautiques proches de Paris ont été fermées, particulièrement Creil, les avions de la PO arrivant de plus loin, il est plus souvent nécessaire d’autoriser le franchissement du mur du son. Un Rafale peut en mission atteindre Mach 1.6 (Mais aux essais, il a su dépasser Mach 2). Un Mirage 2000 peut allègrement dépasser Mach 2. Bien sûr ce type de vol ne dure pas longtemps sur notre territoire. En revanche, proche d’une ville, même à très haute altitude (10.000 mètres le 30 octobre) cela peut faire beaucoup de bruit. Mais les effets mécaniques diminuent avec l’altitude. Ainsi, si l’avion est haut, rares sont les fenêtres brisées ou les toitures endommagées.

Le 30 septembre, après l’interception sans histoire du Falcon 50 avec qui la liaison radio fut vite rétablie, il a été ordonné au Rafale de Saint-Dizier de se diriger au plus vite vers l’Embraer de la société Amelia qui était sans contact sur la route aérienne Brive-Saint Brieuc (vol technique sans passagers). Les pilotes avaient commis une erreur d’emploi de leurs radios, et s’étaient trompés de fréquence lors de leur contact avec Bordeaux. Rien de grave au final. Mais ces dix minutes de silence ont fait grand bruit dans le Landernau….Et par là, elles ont involontairement fait savoir à toute la population française, Franciliens en premiers, que notre armée veille sur nous et notre ciel. La mobilisation reste permanente, la réaction rapide et efficace. In fine, voilà un Bang qui a beaucoup fait parler mais qui rassure ! Michel Polacco pour AeroMorning

Rafale en interception
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