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Chroniques de Pierre Sparaco Répondre
Encore Beijing - 12-07-2012
Les Chinois qui se préparent à sauver Hawker Beechcraft.

Ce sont des noms jamais entendus précédemment qui apparaissent soudainement dans l’actualité et qu’il faudra mémoriser : Beijing E-Town International Investment & Development Corporation ou encorde Beijing Superior Aviation Technology Corporation. Des investisseurs chinois qui disposent de moyens financiers confortables et se proposent aujourd’hui de racheter l’avionneur américain Hawker Beechcraft. Lequel, très mal en point, survit grâce à la protection bienveillante du tristement célèbre chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Il est au bord du gouffre, espère être repris par un investisseur crédible ayant foi dans l’avenir de l’aviation privée et d’affaires et, dans un contexte de grande inquiétude, ne se soucie guère de patriotisme économique.
Aussi l’offre inattendue formulée par Superior Aviation Beijing, que détiennent les deux entreprises que nous venons de mentionner, apparaît-elle comme un cadeau du ciel. A savoir une proposition de rachat cash pour 1,7 milliard de dollars, en laissant de côté le volet militaire de l’entreprise du Wichita. On imagine mal, en effet, que les autorités américaines acceptent que le fournisseur de l’avion d’entraînement T-6 et de sa version armée AT-6 passe sous contrôle étranger, qui plus est chinois.
La proposition de reprise pourrait être concrétisée en un mois de demi, pour autant qu’elle franchisse les différents obstacles administratifs et légaux qui se dressent sur sa route. Mais le scénario ne fait pas l’unanimité pour autant, pour des raisons davantage psychologiques que politiques, ce qui ne signifie pas pour autant que des contre-propositions moins «gênantes» apparaissent dans les jours à venir. Hawker Beechcraft va mal partiellement pour cause de gamme vieillissante mais surtout en raison de la très mauvaise conjoncture qui affecte ce qu’il est convenu d’appeler l’aviation générale. Aucun avionneur présent dans ce domaine n’a été épargné et des milliers de suppressions d’emplois n’ont pas suffi à enrayer une hémorragie financière d’une ampleur sans précédent.
Du coup, après Cirrus, Teledyne et Cessna, c’est Hawker Beechcraft qui apparaît comme une cible facile. C’est une entreprise emblématique, qui a notamment conçu un best-seller mondialement connu, le quadriplace de voyage Bonanza (notre illustration) et à prolongé à l’infini la carrière du biréacteur Hawker Siddeley/British Aerospace HS-125, racheté aux Anglais quand ces derniers ont cessé d’aimer les avions. Les Chinois, qui ont visiblement les moyens de leurs ambitions, ont été les premiers à s’en rendre compte et à ainsi tirer un bon parti de circonstances exceptionnelles. Cela en partant du principe que leur marché intérieur progresse de plus de 10% par an, que la demande pour des avions privés de toutes catégories suscite d’excellentes opportunités industrielles. A défaut de pouvoir proposer rapidement des avions de conception nationale, la stratégie adoptée par les Chinois consiste tout simplement à prendre le contrôle de sociétés étrangères, sans les délocaliser pour autant mais en obtenant ainsi un précieux savoir-faire, première étape d’un plan à long terme qui, tôt ou tard, donnera certainement naissance à des appareils conçus et fabriqués à Beijing. Une variante consiste à établir des partenariats, par exemple celui établi il y a peu avec Embraer qui va installer sur le sol chinois une chaîne de biréacteurs d’affaires.
Les risques d’échec sont limités, contrairement à ce qui peut se passer dans le domaine des avions commerciaux. En cette matière, en effet, la Chine a choisi d’entrée de voir grand et a lancé, à l’intervention de Comac, deux appareils entièrement nouveaux, l’ARJ 21 à vocation régionale, dont les essais en vol se poursuivent, et le C919 qui entend concurrencer les versions les plus récentes, NEO et MAX, des Airbus A320 et Boeing 737. Un exercice hautement plus risqué que le rachat pur et simple d’entreprises occidentales, comme en témoignent les premiers résultats de cette double expérience.
Ainsi, l’ARJ 21 souffre de retards considérables de mise au point et la date de livraison des premiers exemplaires de série a été reportée à plusieurs reprises. C’est pourtant un avion un peu moins nouveau qu’il n’y paraît à première vue dans la mesure où il est largement inspiré du McDonnell Douglas MD-80 qui fut petitement produit sous licence en Chine, il y a de nombreuses années. Ses difficultés ont apparemment un impact indirect sur le C919 qui, à son tour, souffre d’un calendrier «évolutif». De quoi renforcer les dirigeants de Superior Aviation dans l’idée qu’il est préférable d’acheter clefs en main.
Bien sûr, Airbus et Boeing ne sont pas à vendre ! Mais, dans d’autres domaines de l’aviation civile, basse conjoncture aidant, tout est possible. Ce que nous confirme éloquemment le dossier Hawker Beechcraft.
Pierre Sparaco - AeroMorning
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